Historique
Le tabac est une plante de la famille des solanacées, comme la pomme de terre, le poivron ou la tomate. Il contient un alcaloïde particulier, la nicotine, découvert en 1828 par Reimann et Posselt. Au sein du genre Nicotiana, il y a plus de 40 espèces différentes, mais une seule, « Nicotiana Tabacum », sert aujourd'hui de base à la production de tabac dans le monde entier.
Il était une fois l'Amérique
Quand en 1492, Christophe Colomb découvrit l'Amérique, le tabac y était déjà consommé depuis bien longtemps par les différentes nations indiennes, au nord comme au sud du continent. Pour les tribus d'Amérique du nord, il était même une plante sacrée et curative, cadeau du « Grand Manitou » pour les hommes et utilisé par les prêtres et les chamanes. Il sert à communiquer avec les esprits et à apaiser des douleurs. Il était consommé dans les cérémonies religieuses et les grandes occasions et, bien sûr, on ne présente plus le fameux calumet de la paix !
Ce que trouva Colomb, ce fût plus certainement des consommateurs de « tobacco » qui utilisaient des « rouleaux de fumeurs », grandes feuilles de tabac ou de bananier dans lesquelles on faisait se consumer le tabac séché.
C'est très probablement en 1496, lors d'un nouveau voyage que Colomb ramena le tabac pour la première fois sur le vieux continent. Sitôt débarqué, le tabac se fit remarquer.
Rodrigo de Jerez, compagnon de Colomb, de retour en sa ville d’Ayamonte, effraya ses concitoyens par la fumée qui sortait de sa bouche et de ses narines. Il fut emprisonné par l’inquisition pour sorcellerie !
Paradoxal Tabac
En 1556, le Père André Thévet (aumônier de Catherine de Médicis), de retour d'une expédition au Brésil, acclimata les premiers plants de tabac dans son jardin d'Angoulême. Mais c'est à Jean Nicot (ambassadeur de France à Lisbonne), que l'on doit d'avoir promu l'usage du « petun » (nom indigène désignant le tabac) auprès des élites. Alors vendu sous forme de poudre par les apothicaires, il en envoya à la reine Catherine de Médicis pour calmer ses migraines et celles de son fils, le futur François II. Très vite on ne parla plus que de l'herbe de l'ambassadeur, lui donnant les noms de Nicotiana, d'herbe à Nicot, d'herbe à la Reyne...
Qui le croirait de nos jours ? C'est comme plante décorative et médicinale que le tabac fit sa réelle entrée dans la bonne société européenne. Pendant deux siècles, tous les bons livres louent les vertus du tabac comme emplâtre sur les blessures, pour stopper abcès, tumeurs et soulager les difficultés respiratoires, douleurs et fatigue. Catherine de Médicis popularise la prise à la cour de France. On trouve même dans un livre sur les herbes datant de 1656 une mention du tabac comme « préservant les hommes de la peste » !
La cigarette, d'une marque aristocratique à un produit de grande consommation
Ce sont les Anglais les premiers qui font du tabac, plante médicinale, un produit de consommation. Sir Walter Raleigh, fumeur de pipe et navigateur anglais est considéré comme celui qui a rendu la consommation de tabac fumé populaire. Rapidement, le tabac séduit toute la bonne société européenne. Les premières productions commerciales voient le jour, d'abord en Hollande, en 1561, puis en Allemagne. Pour être un gentilhomme, il faut désormais savoir fumer et le tabac entre pour longtemps dans les moeurs et la culture de toute l'Europe.
Pourtant, les modes de consommation différent encore. A la Cour de France, on prise le tabac préalablement râpé, en Espagne on fume le cigare, les militaires et les marins préfèrent la pipe.
Peu à peu, ses vertus thérapeutiques furent mises en doute et de nombreuses personnes influentes s’opposèrent à son utilisation. Le pape Urbain VIII en 1642 en interdit sa consommation sous peine d’excommunier ses utilisateurs.
En 1650 après l’incendie de Moscou attribué à l’imprudence d’un fumeur, le Tsar fait couper les lèvres, ou condamner au fouet ou à la déportation les fumeurs et les marchands de tabac. Au Japon, les fumeurs sont condamnés à l’esclavage, en Chine ils sont condamnés à la décapitation, en Perse ils ont le nez coupé. Malgré ces peines redoutables, le tabac envahit le monde. Il entre dans les moeurs et la culture de toute l’Europe.
C’est en Angleterre que Jacques 1er qui avait le tabac en horreur pense à augmenter les droits d’importation de 4 000 % (de 2 pences à 6 shillings) et comprenant que ces taxes pourraient être d’un grand profit pour l’État, il ne les augmente que d’un peu plus de 1 000 % et le commerce du tabac demeura florissant. On doit aux anglais d’avoir mis en place la taxation du tabac et d’avoir fait du tabac une source de profit inépuisable.
La France avec Richelieu en 1629, créera à son tour le premier impôt sur le tabac et dès 1635 la vente libre de tabac est interdite. Colbert en 1681 instaure le monopole d’état pour la vente et pour la fabrication. Ce monopole sera supprimé lors de la révolution de 1789 mais vite rétabli par Napoléon en 1810.
L’industrialisation de la cigarette
Cependant, malgré ses détracteurs, le tabac trouva avec l’industrialisation et la création de la cigarette en 1843, un nouveau souffle. Cette nouvelle forme de consommation marqua le début de l'expansion mondiale du tabac.
En France, il faut attendre le dix-huitième siècle pour que la cigarette s'impose, ramenée d'Espagne par les soldats de Napoléon 1er. Après la révolution de 1830, les jeunes bourgeois frondeurs narguent Louis-Philippe, monarque notoirement antitabac, en fumant en cachette dans les salons des cigarettes de contrebande.
Mais c'est au dix-neuvième et plus encore au vingtième que la cigarette, et d'abord la « toute faite », par opposition à la roulée faite à la main, s'impose vraiment. Elle marque toute la vie sociale et culturelle.
Les romantiques, à commencer par Théophile Gauthier, la consomment avec délectation. Georges Sand, et de nombreuses féministes après elle, revendiquent avec ostentation le droit de fumer à l'égal des hommes. En France, après 1870, la cigarette devient un vecteur du patriotisme. Les tabacs de la SEITA s'appellent le " bleu ", pour la ligne bleue des Vosges, avant que la " gauloise " ne fasse son apparition en 1910.
Les grandes figures du cinéma, d'Ingrid Bergman à Gabin en passant par Bogart et bien d'autres, à Hollywood comme à Paris, posent avec elles, s'affichent et se montrent. La guerre commerciale féroce que se livrent la SEITA d'un côté et les cigarettiers américains de l'autre est l'occasion de faire travailler les meilleurs créateurs. Les affiches et les slogans de la cigarette imposent de nouvelles esthétiques et imprègnent profondément notre imaginaire pour longtemps. La prise de conscience des problèmes sanitaires posés par cette massification de la consommation de tabac ne survient que tardivement, à partir des années 70.
Dès les années cinquante, des chercheurs anglo-saxons pointent du doigt les dangers de la consommation de tabac pour la santé. En France, les premières mesures législatives contre la consommation de tabac sont prises en 1976 par Simone Veil puis, surtout, par Claude Evin en 1991.